L'exposé présentera l'analyse de la mélodie, de suite d'accords, de structure et de détection de licks par des méthodes d'informatique et d'analyse du signal, avec des exemples audio et visuels.
Exprimer des sentiments tout en exécutant correctement une partition musicale requiert de la part de l'interprète une expertise acquise par la pratique d'un instrument durant plusieurs années. Dans cet exposé, il est proposé de démêler au sein d'une interprétation musicale ce qui
relève de la technique et ce qui relève de l'expressivité dans l'objectif de confier la technique à l'ordinateur tout en favorisant l'expressivité de l'interprète. Plusieurs expérimentations ont été menées par nos pionniers dans les années 90 (Max Matthews et Jean Haury). C'est grâce à une étude algébrique modélisant le fonctionnement de ces systèmes que des outils génériques et accessibles peuvent être développés aujourd'hui pour un public élargi.
Les approches de l’improvisation ont considérablement évolué au cours de l’histoire du jazz. À partir de la fin des années 1950, la chord scale theory formalise une articulation entre la dimension verticale (les accords) et la dimension horizontale (les échelles), qui s’impose ensuite progressivement parmi les improvisateurs. Dans ce système, un jeu sur les symétries, les permutations et les transpostions d’objets musicaux simples (de 3 à 5 notes) permet de développer une grande complexité dans le langage mélodique et harmonique.
Les pratiques codifiées qui en résultent amènent à interroger la notion d’improvisation. Le concept d’extemporisation semble en effet mieux décrire la réalité d’un travail préalable de maîtrise des processus, puis de réalisation lors de la performance en temps réel.
La musique est souvent imaginée comme une discipline très spontanée où le compositeur improvise des lignes mélodiques qu'il agence librement. Pourtant, elle obéit à des règles très strictes que l'on peut analyser. Dans cet exposé, je présenterai trois ingrédients fondamentaux pour la composition : la texture, l'harmonie et l'orchestration. Le but est de comprendre comment ils influencent le discours musical et comment leur variation permet d'entendre un morceau sous un autre angle.
Le cycle des quintes est à la base de l’harmonie tonale et occupe une place centrale dans la musique classique et dans le jazz. Je rappellerai les notions physico-mathématiques fondamentales qui, en partant du modèle des harmoniques de la corde vibrante, expliquent les intervalles de quinte, de quarte et l’accord majeur parfait, puis décrirai la construction classique des gammes diatonique et chromatique, où apparaît le fonctionnement du cycle des quintes, avec les accords et les mécanismes de tension-résolution associés.
La mise en oeuvre de ces mécanismes sera décrite à travers la structure de grilles de jazz représentatives (Gershwin, Ellington, ...), mettant en jeu différentes longueurs de cycles. J'illustrerai ensuite au piano son implémentation dans un cadre stylistique bien défini, qui est celui du piano-solo jazz classique des années 1930-40 (styles ‘’stride'' et ‘’swing’’), représenté par des grands pianistes tels que Fats Waller, Teddy Wilson, Art Tatum, Hank Jones. Dans cette approche du piano jazz un rôle clé est joué par les accords de passage et par les intervalles de dixième, qui seront analysés en relation avec le cycle des quintes et les harmoniques impaires de la corde vibrante.
Bio : Philippe Souplet, professeur à l’Université Paris Nord, est mathématicien. Ses recherches sont consacrées aux équations aux dérivées partielles, un domaine des mathématiques qui fournit des outils fondamentaux pour la modélisation en physique et en biologie. Il est aussi pianiste de jazz et compositeur, spécialiste des styles de piano jazz des années 1930-40 (stride, swing) et de la musique de Duke Ellington. ll se produit régulièrement dans les jazz-clubs et les festivals en France et à l’étranger, en solo ou au sein de différentes formations.
Dans cet exposé-concert, nous partirons d’une question ancienne et
mystérieuse : pourquoi les accords majeur et mineur sont-ils perçus
comme consonants ?
Depuis la Renaissance, une piste d’explication repose sur l’existence
de la série harmonique pour l’accord majeur, et d’une série de
sous-harmoniques, en quelque sorte symétrique de la première, pour
l’accord mineur. Mais, contrairement à la série harmonique, bien
comprise du point de vue physique parce qu’elle est contenue dans les
sons périodiques, la série de sous-harmoniques n’y apparaît pas. La
consonance de l’accord mineur est ainsi demeurée une énigme pendant
des siècles.
Je présenterai un modèle mathématique de la cochlée, modélisée comme
un ensemble de cordes vibrantes, qui montre comment une série de
sous-harmoniques peut être générée à l’intérieur de l’oreille interne.
En un certain sens, l’accord majeur est perçu comme consonant parce
qu’il est déjà contenu dans les sons périodiques, tandis que l’accord
mineur l’est parce qu’il est engendré par l’oreille elle-même.
Le concert qui suivra, avec Gilles Monfort, prolongera cette
exploration sur le plan sonore : à travers deux instruments à vent
ultragraves, nous tenterons de donner une image musicale des
profondeurs, tensions et résonances associées aux sous-harmoniques.
Bio Ugo Boscain
Mathématicien au CNRS, Ugo Boscain est aussi musicien improvisateur.
Ses recherches en analyse géométrique et en théorie du contrôle l’ont
conduit à développer des modèles mathématiques de la perception,
notamment visuelle et auditive. Formé à la fois aux mathématiques, à
la physique théorique, à l’ingénierie et à la musique, il mène depuis
la fin des années 1980 une activité musicale soutenue, d’abord au
piano, puis à la clarinette contrebasse, dont il est l’un des rares
spécialistes. Il a donné des centaines de concerts en Europe et
participé à l’enregistrement d’une dizaine de disques. Son travail et
sa pratique artistique se rencontrent dans une même attention aux
formes, au son, à l’écoute et à l’improvisation.
Bio Gilles Monfort
Musicien curieux et éclectique, compositeur, chanteur,
multi-instrumentiste, preneur de son, Gilles Monfort est un
touche-à-tout insatiable : concerts dans de nombreux genres musicaux,
captations sonores naturalistes aux quatre coins du monde, composition
de musiques originales pour le cinéma et le spectacle vivant.
Il est diplômé des conservatoires de Rennes et de Boulogne-Billancourt
(classe de tuba de Thierry Thibault et d’Arnaud Boukhitine), du Muséum
National d’Histoire Naturelle de Paris, et il a derrière lui plus de
quinze ans d’apprentissage traditionnel de la musique classique vocale
d’Inde du Nord auprès de maîtres de la célèbre famille Dagar.
En groupe ou sous son nom, Gilles s’est produit dans plus de vingt
pays ; il a signé la musique d’une trentaine de spectacles et de
films. www.gillesmonfort.com
Saxophoniste virtuose, improvisateur qui s'est illustré aux côtés des plus grands parmi lesquels Miles Davis et tant d'autres, compositeur de thèmes devenus des standards, John Coltrane (1926-1967) est une figure centrale et révolutionnaire de la musique du 20ème siècle.
Écrivain prolifique ayant notamment consacré deux livres à ce musicien d'exception, Franck Médioni, producteur sur France musique, retrace à pas de géant le parcours musical et spirituel de ce génie du jazz. Il est accompagné pour l'occasion par les musiciens du Romain Villet trio.
Au terme de la conférence-concert, une signature sera organisée grâce à la Librairie du Labyrinthe.
Le spectacle « Je est un autre, Lubat joue avec Lubat » explore la question du corps dans la musique et dans sa manifestation spectaculaire qu'est la virtuosité instrumentale. Bernard Lubat est un virtuose (piano, batterie, scat vocal). La maîtrise de ces techniques passe par un long processus d'ascèse du corps qui s'exerce dans la pratique quotidienne. Mais l'intelligence artificielle change radicalement la donne car, bien que l'IA n'ait pas de corps, elle peut capter le jeu d'un musicien et, par apprentissage, produire un résultat affranchi des contraintes corporelles. L’interaction de Bernard Lubat avec l'IA consiste à mettre en scène ce rapport entre la virtuosité incarnée du musicien et le double numérique « sans corps » du dispositif informatique. Sur scène, Bernard Lubat joue du piano ou fait du scat dans un micro… en dialogue avec lui-même par la magie d'un logiciel d’improvisation créé par Marc Chemillier et développé par Daniel Brown (Djazz). À la place du corps numérique absent, Marc Chemillier invente une nouvelle gestuelle pour contrôler l'intelligence numérique. A l’heure du développement vertigineux de l’IA, cette approche montre une voix alternative pour imaginer une « IA maigre » parcimonieuse dans son utilisation des données.
Projet soutenu par Cultures connectées (DRAC et Région Nouvelle Aquitaine)
Bio Bernard Lubat
« Malpoly-instrumentiste » tout terrain, compositeur, chanteur, scateur et tchatcheur, Bernard Lubat est un surdoué de la musique ! Sommité incontournable du jazz européen, jadis musicien de bal comme chanteur dans les « Double Six », partenaire de Stan Getz, Eddy Louiss, René Thomas, comme compagnon de route de Claude Nougaro, confrère de blues de Richard Bohringer, comme aventurier des musiques improvisées avec Michel Portal, Bernard Lubat est un artiste aux multiples facettes : poète, musicien, comédien, fondateur entraîneur-joueur de la Cie Lubat de Jazzcogne et créateur du festival d'Uzeste Musical. Il est à la fois multi-instrumentiste et interprète de ses propres textes, empreints d'humour, de poésie et d'allusions politiques, en privilégiant le rapport au public.
« En français, occitan, anglais ou scat, en jazz, en musette et en rap, au piano, à l'accordéon, à la batterie, à la voix... Bernard Lubat bouleverse les vieilles habitudes du concert. » Le Figaro
« ...Lubat habite un spectacle d'un siècle d'avance sur tout ce qu'on peut voir. » Le Monde
Bio Marc Chemillier
Ancien élève de l’ENS de Fontenay-aux-roses (mathématiques) et du CNSM de Paris (harmonie-contrepoint), Marc Chemillier est Directeur d'études à l'EHESS et membre du Centre d'analyse et de mathématique sociales. Il a travaillé à Madagascar sur l'algèbre divinatoire ainsi que sur la musique de cithare dans les rituels de possession. Depuis une vingtaine d'années, il mène des recherches en collaboration avec l'IRCAM sur l'improvisation musicale et sa simulation à l'aide de l'intelligence artificielle ainsi que sur les enjeux esthétiques, anthropologiques et sociaux de ces technologies. Il se produit en concert grâce au logiciel Djazz (http://digitaljazz.fr) en compagnie de musiciens de jazz comme le poly-instrumentiste et créateur du festival d'Uzeste Bernard Lubat, ou de world music comme le grand cithariste malgache Justin Vali.
Cette intervention propose une exploration des liens profonds entre mathématiques et musique à travers trois axes complémentaires.
Nous verrons d’abord comment l’harmonie peut être représentée géométriquement. Au-delà du caractère linéaire du piano, certaines structures comme le Tonnetz permettent de visualiser les accords dans un plan et de mieux comprendre leurs relations et leurs transformations. Les représentations circulaires offrent également une lecture géométrique des accords, qui peuvent alors être interprétés comme des polygones.
Nous aborderons ensuite la géométrie du rythme : représenter des motifs rythmiques sur un cercle permet de les visualiser comme des figures géométriques et d’en analyser certaines propriétés. Cette approche ouvre de nouvelles possibilités de transformation (rotations, symétries, décalages) et peut nourrir l’invention musicale.
Enfin, nous discuterons des enjeux contemporains liés à l’intelligence artificielle dans la création musicale : allant de la simple transformation du timbre de voix, de l’outil d’assistance à l’écriture, jusqu’à la composition entièrement automatique. Nous aborderons aussi en conclusion quelques questions éthiques concernant la place de l’IA dans le processus créatif.
Organisation : Florence Levé et Jean-Paul Chehab <AT> u-picardie <DOT> fr
Crédits graphiques page web : Sébastien Cohen, 2020