L'exposé présentera l'analyse de la mélodie, de suite d'accords, de structure et de détection de licks par des méthodes d'informatique et d'analyse du signal, avec des exemples audio et visuels.
Exprimer des sentiments tout en exécutant correctement une partition musicale requiert de la part de l'interprète une expertise acquise par la pratique d'un instrument durant plusieurs années. Dans cet exposé, il est proposé de démêler au sein d'une interprétation musicale ce qui
relève de la technique et ce qui relève de l'expressivité dans l'objectif de confier la technique à l'ordinateur tout en favorisant l'expressivité de l'interprète. Plusieurs expérimentations ont été menées par nos pionniers dans les années 90 (Max Matthews et Jean Haury). C'est grâce à une étude algébrique modélisant le fonctionnement de ces systèmes que des outils génériques et accessibles peuvent être développés aujourd'hui pour un public élargi.
Les approches de l’improvisation ont considérablement évolué au cours de l’histoire du jazz. À partir de la fin des années 1950, la chord scale theory formalise une articulation entre la dimension verticale (les accords) et la dimension horizontale (les échelles), qui s’impose ensuite progressivement parmi les improvisateurs. Dans ce système, un jeu sur les symétries, les permutations et les transpostions d’objets musicaux simples (de 3 à 5 notes) permet de développer une grande complexité dans le langage mélodique et harmonique.
Les pratiques codifiées qui en résultent amènent à interroger la notion d’improvisation. Le concept d’extemporisation semble en effet mieux décrire la réalité d’un travail préalable de maîtrise des processus, puis de réalisation lors de la performance en temps réel.
La musique est souvent imaginée comme une discipline très spontanée où le compositeur improvise des lignes mélodiques qu'il agence librement. Pourtant, elle obéit à des règles très strictes que l'on peut analyser. Dans cet exposé, je présenterai trois ingrédients fondamentaux pour la composition : la texture, l'harmonie et l'orchestration. Le but est de comprendre comment ils influencent le discours musical et comment leur variation permet d'entendre un morceau sous un autre angle.
Saxophoniste virtuose, improvisateur qui s'est illustré aux côtés des plus grands parmi lesquels Miles Davis et tant d'autres, compositeur de thèmes devenus des standards, John Coltrane (1926-1967) est une figure centrale et révolutionnaire de la musique du 20ème siècle.
Écrivain prolifique ayant notamment consacré deux livres à ce musicien d'exception, Franck Médioni, producteur sur France musique, retrace à pas de géant le parcours musiccal et spirituel de ce génie du jazz. Il est accompagné pour l'occasion par les musiciens du Romain Villet trio.
Au terme de la conférence-concert, une signature sera organisée grâce à la Librairie du Labyrinthe.
Le spectacle « Je est un autre, Lubat joue avec Lubat » explore la question du corps dans la musique et dans sa manifestation spectaculaire qu'est la virtuosité instrumentale. Bernard Lubat est un virtuose (piano, batterie, scat vocal). La maîtrise de ces techniques passe par un long processus d'ascèse du corps qui s'exerce dans la pratique quotidienne. Mais l'intelligence artificielle change radicalement la donne car, bien que l'IA n'ait pas de corps, elle peut capter le jeu d'un musicien et, par apprentissage, produire un résultat affranchi des contraintes corporelles. L’interaction de Bernard Lubat avec l'IA consiste à mettre en scène ce rapport entre la virtuosité incarnée du musicien et le double numérique « sans corps » du dispositif informatique. Sur scène, Bernard Lubat joue du piano ou fait du scat dans un micro… en dialogue avec lui-même par la magie d'un logiciel d’improvisation créé par Marc Chemillier et développé par Daniel Brown (Djazz). À la place du corps numérique absent, Marc Chemillier invente une nouvelle gestuelle pour contrôler l'intelligence numérique. A l’heure du développement vertigineux de l’IA, cette approche montre une voix alternative pour imaginer une « IA maigre » parcimonieuse dans son utilisation des données.
Projet soutenu par Cultures connectées (DRAC et Région Nouvelle Aquitaine)
Bio Bernard Lubat
« Malpoly-instrumentiste » tout terrain, compositeur, chanteur, scateur et tchatcheur, Bernard Lubat est un surdoué de la musique ! Sommité incontournable du jazz européen, jadis musicien de bal comme chanteur dans les « Double Six », partenaire de Stan Getz, Eddy Louiss, René Thomas, comme compagnon de route de Claude Nougaro, confrère de blues de Richard Bohringer, comme aventurier des musiques improvisées avec Michel Portal, Bernard Lubat est un artiste aux multiples facettes : poète, musicien, comédien, fondateur entraîneur-joueur de la Cie Lubat de Jazzcogne et créateur du festival d'Uzeste Musical. Il est à la fois multi-instrumentiste et interprète de ses propres textes, empreints d'humour, de poésie et d'allusions politiques, en privilégiant le rapport au public.
« En français, occitan, anglais ou scat, en jazz, en musette et en rap, au piano, à l'accordéon, à la batterie, à la voix... Bernard Lubat bouleverse les vieilles habitudes du concert. » Le Figaro
« ...Lubat habite un spectacle d'un siècle d'avance sur tout ce qu'on peut voir. » Le Monde
Bio Marc Chemillier
Ancien élève de l’ENS de Fontenay-aux-roses (mathématiques) et du CNSM de Paris (harmonie-contrepoint), Marc Chemillier est Directeur d'études à l'EHESS et membre du Centre d'analyse et de mathématique sociales. Il a travaillé à Madagascar sur l'algèbre divinatoire ainsi que sur la musique de cithare dans les rituels de possession. Depuis une vingtaine d'années, il mène des recherches en collaboration avec l'IRCAM sur l'improvisation musicale et sa simulation à l'aide de l'intelligence artificielle ainsi que sur les enjeux esthétiques, anthropologiques et sociaux de ces technologies. Il se produit en concert grâce au logiciel Djazz (http://digitaljazz.fr) en compagnie de musiciens de jazz comme le poly-instrumentiste et créateur du festival d'Uzeste Bernard Lubat, ou de world music comme le grand cithariste malgache Justin Vali.
Cette intervention propose une exploration des liens profonds entre mathématiques et musique à travers trois axes complémentaires.
Nous verrons d’abord comment l’harmonie peut être représentée géométriquement. Au-delà du caractère linéaire du piano, certaines structures comme le Tonnetz permettent de visualiser les accords dans un plan et de mieux comprendre leurs relations et leurs transformations. Les représentations circulaires offrent également une lecture géométrique des accords, qui peuvent alors être interprétés comme des polygones.
Nous aborderons ensuite la géométrie du rythme : représenter des motifs rythmiques sur un cercle permet de les visualiser comme des figures géométriques et d’en analyser certaines propriétés. Cette approche ouvre de nouvelles possibilités de transformation (rotations, symétries, décalages) et peut nourrir l’invention musicale.
Enfin, nous discuterons des enjeux contemporains liés à l’intelligence artificielle dans la création musicale : allant de la simple transformation du timbre de voix, de l’outil d’assistance à l’écriture, jusqu’à la composition entièrement automatique. Nous aborderons aussi en conclusion quelques questions éthiques concernant la place de l’IA dans le processus créatif.
Organisation : Florence Levé et Jean-Paul Chehab <AT> u-picardie <DOT> fr
Crédits graphiques page web : Sébastien Cohen, 2020